Aux origines du briquet : entre découverte du gaz, ingénierie et conquête du feu
Les tout premiers dispositifs d’allumage
Bien avant l’invention du briquet moderne, les premiers dispositifs permettant d’obtenir une flamme rapide étaient fondés sur la percussion entre deux matériaux : silex et acier. Ce système rudimentaire, utilisé pendant des millénaires, reposait sur un principe simple mais peu pratique. Au XIXᵉ siècle, l’invention du phosphore amorça une nouvelle ère : celle des allumettes chimiques. Pourtant, malgré leur efficacité, les allumettes restaient sensibles à l’humidité, dangereuses lors du transport et limitées en durée de combustion. C’est dans ce contexte qu’émerge l’idée d’un objet portable, réutilisable et plus sûr : le futur briquet. Dès cette période, les premières demandes de protection en propriété intellectuelle apparaissent autour de capsules inflammables, de mécanismes à friction et de systèmes d’amorçage.
L’invention fondatrice de Döbereiner
Le premier briquet véritablement fonctionnel apparaît en 1823 grâce au chimiste allemand Johann Wolfgang Döbereiner. Son “lampe à feu” utilisait l’hydrogène et une réaction chimique au contact d’un catalyseur pour produire une flamme instantanée. L’objet était encombrant, coûteux et difficile d’utilisation, mais il représentait une étape décisive dans l’histoire de l’allumage. Döbereiner fait protéger son invention, devenant l’un des premiers à associer innovation domestique et propriété industrielle. Le succès reste limité, mais il inspire les inventeurs qui suivent. Beaucoup tentent de miniaturiser l’objet, de stabiliser les gaz utilisés ou de sécuriser le mécanisme. Les dépôts de brevets se multiplient, témoignant d’un véritable engouement pour cette nouvelle technologie.
L’arrivée du silex moderne et les premiers briquets mécaniques
À la fin du XIXᵉ siècle, l’invention du ferrocerium par l’ingénieur austro-hongrois Carl Auer von Welsbach change radicalement la donne. Ce mélange métallurgique permet de produire des étincelles très puissantes avec une simple friction. Il devient le cœur des briquets mécaniques. Les premiers modèles portables voient le jour, souvent fabriqués artisanalement par des horlogers ou des mécaniciens. Les fabricants comprennent rapidement l’intérêt stratégique d’une protection en propriété intellectuelle, car chaque amélioration, du bouton d’allumage au réservoir de carburant, représente un avantage concurrentiel. Les années 1900–1930 voient ainsi se constituer les premières grandes familles de brevets dans l’histoire du briquet. L’objet se démocratise, se miniaturise et devient un symbole d’ingéniosité.
Le briquet moderne : matériaux, sécurité et stratégies de propriété industrielle
Le briquet à essence, puis le briquet à gaz
Le XXᵉ siècle marque un tournant avec l’essor du briquet à essence. L’un des plus célèbres, le Zippo, apparaît en 1933. Son mécanisme simple, robuste et réparable séduit immédiatement les militaires, les marins et les aventuriers. Zippo protège ses modèles grâce à des dépôts répétés en propriété industrielle, consolidant une identité visuelle et mécanique unique. L’après-guerre voit l’apparition du briquet à gaz, plus propre, plus stable et moins coûteux à produire. Les fabricants déposent des brevets sur les valves, les systèmes de régulation de la flamme et les matériaux résistants à la chaleur. La propriété intellectuelle devient essentielle pour protéger les investissements de R&D nécessaires à ces innovations.
La révolution du briquet jetable : standardisation et guerre industrielle
Dans les années 1970, l’apparition du briquet jetable, notamment porté par la marque française Bic, bouleverse totalement le marché. Simple, fiable, produit par millions, il est le résultat de nombreuses innovations techniques : précision des moules, constance de la flamme, compétitivité des matériaux. Bic dépose un nombre considérable de brevets pour protéger chaque élément du briquet : forme, injection plastique, molette, sécurité enfant, système piézoélectrique pour certains modèles. Cette maîtrise de la propriété industrielle permet à l’entreprise de maintenir son avance pendant des décennies. Le briquet, objet apparemment banal, devient ainsi un exemple emblématique de stratégie PI réussie : verrouillage de l’innovation, standardisation mondiale et protection active contre la contrefaçon.
Le briquet contemporain : sécurité, durabilité et innovation responsable
Aujourd’hui, les fabricants doivent répondre à de nouvelles exigences : résistance aux chocs, conformité aux normes, sécurité renforcée, réduction des émissions et recyclage des matériaux. Cela conduit à des innovations importantes dans les plastiques, les valves, les allumeurs électroniques et les systèmes anti-fuites. Chaque progrès donne lieu à de nouveaux dépôts en propriété intellectuelle, car la concurrencemondiale est intense. Les briquets rechargeables reviennent sur le devant de la scène, portés par une logique écologique, tout comme les briquets électriques USB utilisant des arcs plasma. Ces nouvelles technologies nécessitent des protections en propriété industrielle portant à la fois sur la mécanique, l’électronique, les systèmes de charge et le design. Le briquet du XXIᵉ siècle n’est plus seulement un outil d’allumage : c’est un condensé de matières, d’ingénierie et de stratégie juridique.
Cet article vous a plu ? Retrouvez tous nos articles sur les Grandes Inventions dans notre Cahier d’Histoire.
Vous y retrouverez par exemple l’histoire de la Pile électrique, ou encore du Vélo.